Préambule :

- L'histoire de l'Absinthe vue par la Maison Pernod en 1896 -
- Une recette d'Absinthe (Médicamenteuse) de Pologne de 1534 -
- Une recette d'Absinthe Anglaise (Médicamenteuse) de 1705 -


L'Origine :


Image flottanteSi l'on définit l'Absinthe comme une boisson d'agrément apéritive, on peut situer sa naissance à la fin du 18èm siècle / début 19èm siècle, à l'époque troublée de la Révolution Française.
Le livre de l'Abbé RECOLLET "NOUVELLE CHYMIE DU GOUT ET DE L'ODORAT, ou l'art de composer facilement et à peu de frais les liqueurs à boire et les eaux de senteurs", édité en 1755, 1766 et 1774, nous donne une idée de cette naissance lente, d'un médicament qui deviendra l'alcool la plus populaire de France durant plus de 100 ans.
L'Absinthe est utilisée depuis les temps les plus anciens en médecine. L'Absinthe de Saintonge (Ouest de la France) était déjà un vermifuge en vogue à l'époque romaine. Mais comme tout bon médicament qui se respecte, les médecines à base d'absinthe étaient mauvaises au goût, à cause de l'amertume extrême de la plante.
L'Abbé RECOLLET, nous présente une solution pour pallier à ce problème : LA MACERATION SUIVIE D'UNE DISTILLATION, qui a la propriété de conserver les principes actifs tout en éliminant l'amertume.
L'Abbé nous dit que cette liqueur, je cite "excite l'appétit".... Tiens tient... ne serait ce pas là un début d'idée d'apéritif ?
Mais encore : "d'ailleurs elle flatte infiniment le goût". N'auriez vous pas pris goût à un alcool apéritif à base d'Absinthe Monsieur L'Abbé ?
L'Abbé RECOLLET est à mon sens, le plus vieux buveur d'Absinthe que je connaisse, bien avant un certain Docteur Ordinaire.....

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Image flottante La plus vielle recette d'Absinthe connue, boisson d'agrément, serait celle d'Abraham-Louis Perrenoud (Suisse), vers 1794 ou 1797.
Vous constaterez qu'elle est assez proche d'une recette fin 19èm dans ces composantes, même si la quantité de Grande Absinthe est plus importante et celle d'anis moins importante.
Je vous retranscris quand même les composants, le texte étant à peine lisible : grande absinthe, menthe, melisse, anis, fenouil, calamus, petite absinthe, hysope.
Dans les recettes publiées au 19èm, l'anis est une constante chez les Suisses, alors que les Français resteront longtemps sur les base médicamenteuses du 18èm, avec souvent du sucre et très pauvre en anis.



Ci dessous, sans doute une des plus vielle publicité d'Absinthe.
Là, il n'y a aucun doute, l'Absinthe est mise au même plan que le Kirschenswasser, on est clairement en présence d'un alcool de consommation, et non plus d'un médicament. La demande est déjà assez forte et le produit assez connu pour qu'un producteur soit prêt à faire un investissement publicitaire.
J'ai lu, dans des écrits modernes d'historiens, que le producteur "Perrenod fils et Boiteux" est devenu "Pernod" en 1805..... Le problème est que "Perrenod fils et Boiteux" fait toujours de la publicité en 1808, c'est fâcheux...
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Arrêt sur Image en 1816 :


Nota : Veuillez cliquer sur l'image pour voir le texte en entier.

C-L CADET, dès le deuxième tome de son journal destiné aux pharmaciens, s'intéresse à "l'Absinthe boisson", en nous donnant une foule de détails intéressants :
1/ Le fait qu'il s'intéresse à cette liqueur alcoolique dès la deuxième année de publication de son journal (Qui sera publié par la suite plus de 20 ans), montre le vif intérêt que suscite dès 1816 cet alcool en France.
2/ Il donne un nom "Extrait d'Absinthe de Suisse", qui se simplifiera dans le temps en "Extrait d'Absinthe Suisse", "Absinthe Suisse"....
3/ Il situe géographiquement les lieux de production, dans la plupart des villes Suisses proche des Alpes.
4/ Sa recette nous indique un déjà degré alcoolique fort à 24% Cartier (soit 65% Gay Lussac)
5/ Il va même jusqu'à nous donner des détails sur les préférences des consommateurs quant à la coloration. (Vert ou Blanc)
6/ Il nous indique encore et toujours ce lien avec la médecine.
Tout indique que cet "Extrait d'Absinthe de Suisse" est fait par des pharmaciens Suisses : La très petite taille de l alambic pour laquelle la recette est donnée, les rebuts utilisés pour la confections des Eaux Vulnéraires Spiritueuses, l'origine de ce texte s'adressant au monde de la pharmacie...

Si L'abbé RECOLLET, nous donne au 18èm siècle la recette d'une médecine pouvant tendre vers un alcool apéritif de confort, C-L CADET, en 1816, nous parle d'un alcool de consommation venant du monde de la pharmacie.

Et il est sans doute normal que cet alcool nous vienne de Suisse. D'après l'article précédent "L'Extrait d'Absinthe de Suisse", concernant les "Vulnéraires dit Faltranks"(voir le texte en entier en cliquant dessus), les Suisses proches des Alpes se sont spécialisés dans ces plantes médicales de montagne très en vogue. Des guérisseurs Suisse ambulants vont jusqu'à distribuer leurs productions à Paris.
Il est probable que les pharmaciens Suisses, dont les produits étaient déjà en vogue en France, et qui devaient avoir des réseaux de distribution important,ont eu des facilitées pour écouler un alcool de consommation avec des vertus médicinales latentes.
L'aura de la réputation des plantes médicinales Suisses a pu aussi contribué au succès.
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1820 - L'Absinthe et Napoléon :


L'Absinthe entre dans un roman et dans le Café Lemblin à Paris, où les anciens de l'armée Napoléonienne se délassent...
Absinthe, boisson du militaire de la Grande Armée ?
Et si Napoléon lui même avait bu de l'Absinthe ?
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1824 - Problèmes sanitaires :


Quelques auteurs modernes veulent nous faire croire que l'Absinthe a été frappée d'une interdiction injuste en 1915, que l'interdiction n'était que l'aboutissement d'une cabale infondée.
Certains mettent en cause les lobbies du vin, d'autre jusqu'à faire des associations curieuses avec la Franc Maçonnerie ou les anti Dreyfussards.... Ce texte de 1824, vous donne déjà une description de symptômes liés directement à la plante.
Pendant plus d'un siècle, l'Absinthe va subir de nombreux coups de boutoirs, qui vont tout naturellement amener à son interdiction. On pourra même être surpris de la résistance de cet alcool face aux nombreuses alertes sanitaires.
La toxicité n'a jamais été prouvée scientifiquement, elle a seulement été constatée à plus ou moins grande échelle.... Pas de preuve, mais un constat constant ! (Voir les textes à suivre).
L'Absinthe semble aussi immortelle que le Phénix.
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1828 - Petite Absinthe et Anis :


Image flottante En 1828, l'Absinthe est déjà une évidence pour le public.
L'étape de découverte est loin derrière nous.
L'auteur de cet article,J-J VIREY, cherche à renseigner le public sur la meilleure Absinthe, tout en nous confirmant à nouveau le suprématie de l'Absinthe en provenance de Suisse. Il sous entend qu'il y a donc déjà une production Française de moindre qualité. Nous ne sommes plus sur une mode ponctuelle, mais sur une consommation régulière, où l'on commence à chercher des critères de qualité. On a à faire à des consommateurs avertis.

Au passage, il nous donne des indices de fabrication et de consommation :
1/ Il établit que le succès des recette d'Absinthe originelles des Suisses, ou des "Absinthes Suisses", est dû à l'utilisation du Génépi, soit une petite Absinthe de Montagne (des Alpes), beaucoup plus parfumée que l'Artemisia Pontica ou que l'Artemisia Absinthium.
Le problème est que le Génépi ne peut pas faire face à une consommation de masse, il est difficile à domestiquer et doit être cultivé à très haute altitude dans les Alpes.
Il confirme qu'en France, on utilise l'Artémisia Absinthium et Pontica, qui donnent des résultats inférieurs.
Il semble que l'Artémisia Pontica et Absinthium dominera vite les "Génépi", et se généralisera aux recettes Suisses, sans doute face à la rareté de la plante et à l'augmentation de la demande.
2/ La fin de son article nous indique que l'on boit l'Absinthe rallongée avec de l'eau, et que l'anis, à l'origine du trouble, est une idée Suisse. On peut déduire de sa remarque, que en 1828 les Absinthe produites en France sont toujours pauvres en anis !

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1829 - Une idée Suisse à l'origine d'un succès :


Encore un texte médicale, qui attribut aux Suisses l'idée d'une boisson qui devient laiteuse après ajout d'eau.
Force est de constater que les Suisses ont été à l'origine de tout ce qui à fait le succès de l'Absinthe en tant que boisson, et non plus comme médicament.

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Recette Française 1831 :


Une recette d'Absinthe Française type de 1831.
Pauvre en anis et forte en Absinthe.
Le grand intérêt de cette de recette est la précision "sommités fraîches" d'Absinthe.... Un poids frais d'Absinthe correspond a à peu près trois fois le poids sec.
On a là peut être une explication pour les quantités incroyables d'Absinthe utilisées dans les recettes début du 19èm siècle.
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1832 - Le Médicament Fléau :


Image flottante L'Absinthe "Faucheuse" a très vite suivit l'Absinthe "Fée", elles sont toutes deux presque nées en même temps.
Ce texte, de 1832, est pour ceux qui en douteraient !
Je cite "Le pauvre, imitateur tardif des usages du riche, a conservé l'habitude de boire de l'eau d'Absinthe; et cette liqueur est, après l'eau de vie, l'une de celles dont le peuple de Paris fasse le plus d'usage."
Toujours le même cycle: Lorsque le riche s'adonne à une drogue, il est à la mode, et lorsque le pauvre le copie, c'est un fléau.

En début de texte, l'auteur nous confirme que "l'Absinthe boisson" est née au début du 19èm siècle, toujours avec une origine Suisse.
Il confirme aussi, l'origine médicamenteuse de l'Absinthe.

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Coup de butoir de 1845 :


Qui sait que l'Absinthe a déjà été interdite en 1845 ?
Bien peu de monde !
Tout commence par une lettre du préfet de l'Aveyron au Ministre de la Guerre. Ce dernier prend fait et cause pour un de ses concitoyens (de Rodez) qui a le bras long et qui souhaite défendre son commerce (Liquoriste / Producteur d'Absinthe) suite à un article anti Absinthe.
Le préfet nous apprend lui même que l'article accuse l'absinthe "de tuer presque autant d'hommes que les arabes" dans l'armée d'Afrique, et que 4 officiers, dont deux du service de santé, ont été renvoyés en France pour maladie mentale suite à l'abus d'Absinthe....

Nota : Veuillez cliquer sur l'image pour voir le texte en entier.



Le Ministère de la Guerre ordonne une enquête en Algérie : Sont fait des prélèvements, sont fait des analyses.
Il n'est mis en évidence aucune adultération des Absinthes saisies.
Le service de santé des armées en conclue que le problème est directement lié au haut degré alcoolique de la boisson et aux huiles essentielles très excitantes qu'elle contient.
La note du 3 Octobre 1845 interdit l'usage de la liqueur d'Absinthe parmi les troupes d'Algérie.



Coup de butoir de 1861 :


Cette fois, c'est le préfet de police de Paris qui accuse l'Absinthe d'être préjudiciable pour la santé.
S'ensuit une enquête très intéressante, avec des prélèvements chez plus de 20 commerçants Parisiens.
On recherche tout type d'adultération possible, rien de concluant est mis en évidence.
Seul est déploré les écarts des degrés alcooliques (de 33 à 72% Vol.) et l'empirisme des recettes mises en oeuvre. Aucune homogénéité ou régularité d'un producteur à un autre au sein de la Capitale.
Faute de mieux, il est recommandé de faire des Absinthes limitées à 45% Vol.

Nota : Veuillez cliquer sur l'image pour voir le texte en entier.



Suite à cette enquête, il n'est pas donné suite au conseil de limiter les Absinthes à 45%.
Mais le Ministère de la Défense étand l'interdiction de consommer de l'Absinthe aux troupes en France..... Une bonne loi Française, jamais appliquée semble t il !



Coup de butoir de 1871 :


Un coup de butoir sérieux en 1871 par une augmentation significative des taxes fiscales sur l'Absinthe.
L'Absinthe est taxée comme si elle était composée d'alcool pur ! Soit pour Absinthe à 65%, une augmentation brutale de 100-65=35% des taxes fiscales liées à l'alcool.
Ceci a dû avoir un effet pernicieux quant au degré alcoolique : Que l'on fabrique une Absinthe à 45 ou 72% Vol., la taxe est la même (soit comme un produit à 100% Vol.), il y avait donc aucun intérêt à abaisser le degré alcoolique de la boisson.
Ceci marque bien que l'attaque est dirigée sur la plante en elle même, et non sur l'alcool !


1883 - Edouard Pernod revendique encore l'utilisation du Génépi :


En 1883, Joseph Favre écrit un texte en faveur des Absinthe de la maison Edouard Pernod, qui met en avant l'utilisation historique du Génépi en Suisse.
Si il nous rappelle encore l'origine Suisse et pharmaceutique de l'Absinthe, il va jusqu'à nous glisser une petite anecdote avec Napoléon Bonaparte, lors de son passage du col du Saint Bernard en 1800. Et nous laisse penser que Napoléon Bonaparte lui même serait à l'origine du succès de la boissson !

Il nous confirme très clairement l'emploie du Génépi pour les premières recettes Suisses, en allant jusqu'à une traduction des termes "petite" et "grande Absinthe".
Voyez, d'après lui, A.rupestris serait "la petite" et A. Glacialis serait "la grande". Soit pas d'Artémisia Absinthium.
Dommage que le texte soit si tardif.
Ce texte rejoint le texte de J-J Virey de 1828, qui rejette aussi l'Artémisia Absinthium. Mais nous rentrons là dans un domaine sacrilège pour les consommateurs ou "experts" actuels, qui ont déjà beaucoup de mal à imaginer l'abandon de l'artémisia Pontica comme "petite Absinthe".....

Edouard Pernod, se targue d'utiliser encore en 1883 le génépi dans sa coloration et en fait un argument publicitaire. (Bien qu'il ne nous dit pas utiliser du Génépi au lieu d'Artémisia Absinthium dans la distillation, sans doute que le consommateur de 1883 ne l'accepterait déjà plus).

Le texte est déjà sur la défensive par rapport aux ligues anti alcooliques qui se font pressentes pour aboutir à une interdiction définitive.



.... 1915, Interdiction totale ....



.... 2011, Le Phénix renaît ....